
Vestige.
La collection a commencé dans les Catacombes de Paris, où j’ai marché parmi les ossements d’innombrables personnes. Je me suis sentie bouleversée, attristée, humble et profondément inspirée. Peu de lieux m’ont confrontée aussi directement à la fragilité de la vie.
Il y a plusieurs années, j’ai choisi d’étudier la philosophie parce que je cherchais des réponses à des questions sur l’existence, la mortalité et le sens de la vie. Même après avoir emprunté cette voie peu conventionnelle, je me surprends encore, comme beaucoup d’entre nous, à chercher des distractions face à l’inévitabilité de la mort. Dans les Catacombes, cependant, cette réalité était impossible à éviter.
Les Catacombes renfermaient bien plus que des restes humains. Tout au long de leurs galeries, j’ai découvert de la poésie, des inscriptions philosophiques et des mots écrits pour donner un sens à la mort et en alléger le poids. La rencontre de tous ces éléments m’a donné l’impression d’une illumination inattendue surgissant des profondeurs.
Depuis, je lis, je fais des recherches et j’écris. À travers cette collection, j’ai maintenant l’occasion d’intégrer ces mots à ma pratique artistique et de les partager aux côtés des œuvres. J’ai l’impression que des parties de moi qui avaient longtemps existé séparément se sont enfin retrouvées.
À travers Vestiges, je veux explorer ce qui demeure, non seulement physiquement, mais aussi à travers la mémoire, les émotions, le langage, les objets, les symboles et les traces laissées par une vie autrefois vécue.
Chaque crâne prend d’abord racine dans cette réalité universelle qu’est la mortalité, puis devient progressivement le portrait d’un individu. Chaque œuvre est créée en pensant à un collectionneur précis et personnalisée à partir d’éléments qui lui sont propres : objets, symboles, gestes, références ou détails évoquant son identité, son histoire, ses intérêts ou la manière dont je le perçois.
Dépouillé du visage et de l’apparence que l’on associe habituellement au portrait, l’individu se reconstruit à travers ce qui l’entoure et ce qu’il laisse derrière lui. Le crâne devient à la fois universel et profondément personnel, un rappel de ce que nous partageons tous, mais aussi des traces singulières qui distinguent une vie d’une autre.
Voir des restes humains de mes propres yeux m’a permis d’en comprendre la présence physique d’une manière que des photographies seules n’auraient jamais pu transmettre. Les références visuelles utilisées à travers la collection proviennent des véritables ossements que j’ai observés et documentés à l’intérieur des Catacombes.
Chaque œuvre est pensée comme un objet véritablement unique, ancré dans la réalité même de l’existence tout en portant quelque chose de spécifique à la personne pour laquelle elle a été créée.
Je peins ce qui demeure comme un rappel que nous avons été ici.


